« Je ne fais pas du jazz » martèle Monika Njava, une façon de revendiquer encore et toujours son attachement à la musique du terroir issu du sud profond de Madagascar.

Et si le second trimestre explosait à lui tout seul les statistiques des visiteurs non résidents sur l’île en 2019 ? D’aucun dirait qu’il faut un alignement exceptionnel des astres couplé à une stabilité relative de l’environnement politique et une période cyclonique abrégée. Le comité d’organisation du Nosy Be Jazz Festival quand à lui est convaincu du contraire, et on ne peut que lui donner raison au regard de la programmation de la troisième édition qui se tiendra du 19 au 22 avril prochain. Voyage en Jazzospherie…

Un King peut en cacher un autre

Depuis plus de deux décennies Jaojoby porte fièrement le titre de King of Salegy. Avec le poids des années et l’arrivée d’une pléthore de jeunes loups, cette distinction honorifique lui est de plus en plus disputée, voire contestée ; mais comme chacun le sait tous les goûts sont dans la nature. Et ses goûts musicaux Jaojoby propose de nous les faire découvrir en puisant dans un tout autre répertoire car il a été sollicité pour être le parrain du Nosy Be Jazz Festival 2019. Salegy ? Jazz ? Oui, mais aussi du rythm and blues, de la soul, du rock et du funk des années 70s…  Autant de genres apprécié par notre sexagénaire, qui pendant ses nombreuses années d’animateur sur les ondes de la radio nationale, programmait à tours de bras James Brown, Elvis Presley, Otis Reding, mais aussi The Who, Dire Straits et Jimi Hendrix. Son fils Lucas (guitare) qui suit actuellement un cursus d’études musicales dans un conservatoire en Europe, sera du voyage et sera accompagné par le Malagasy Jazz Experience : Njaka Rakotonirainy (piano), Tsanta Randriamihajasoa (trompette), Josia Rakotondravohitra (batterie), Joro Rakotozafiarison (guitare) et Andry Michael Randriantseva (basse, claviers, trombone).

Dean Nookadu est LE pianiste référence de l’Île Maurice
Dean Nookadu est LE pianiste référence de l’Île Maurice

L’Océan Indien au cœur de la programmation

Le saxophoniste français Gaël Horellou a créé le groupe « Identité » en février 2015 lors d’une résidence à l’île de La Réunion ; s’en suit un enregistrement en compagnie de l’organiste Florent Gac et de quatre musiciens réunionnais : Vincent Philéas, Emmanuel Félicité, Jerome Calciné (percussions/voix) et le talentueux guitariste Nicolas Beaulieu (Baster), fer de lance de la nouvelle génération de jazzmen de l’île. Le groupe « Identité » présentera son jazz mâtiné de maloya et de divers rythmes de l’Océan Indien au public de l’IFM et de l’Alliance française d’Antsiranana avant de se produire au NBJF. Dean Nookadu est LE pianiste référence de l’Île Maurice ; son univers musical vogue entre classique et jazz. Malgré ses cinquante années de carrière il aime se définir lui-même comme un caméléon (comme un certain HH !) et s’ouvre volontiers aux courants de la musique actuelle, comme nous en convainc sa toute dernière expérimentation avec Nel Buctowar (saxophone), Denis Serret (basse) et Fabrice Ramalinqun (batterie). Musicienne accomplie et compositrice de talent, Enola sera la digne représentante de la gente féminine en provenance de l’Hexagone pour nous faire découvrir son genre si particulier en s’accompagnant uniquement au piano.

Edmund Carneiro, I love Brasil
Edmund Carneiro, I love Brasil

Edmundo Premier

Le trio d’Edmundo Carneiro est le premier groupe d’origine brésilienne à fouler le sol de Nosy Be. Le carnet d’adresses de ce percussionniste est impressionnant : des compatriotes bien sur (Tania Maria, Seu Jorge, Monica Pasos, Chucho Valdes, l’immense baden Powell…), la chanson française avec Axel Bauer, Arthur H, Jacques Higelin mais aussi les africains Ali Farka Touré, Ray Lema et Johnny Clegg ! A l’instar de son voisin cubain, Changuito, les lumières de la scène électro l’attirent et il se produit depuis une décennie avec une pléiade de DJs et de producteurs comme Bob Sinclar, Stéphane Pompougnac, Ollano, Schazz, Charles Schillings, Ariel Wizman ( !).

Island Jazz

« Je ne fais pas du jazz » martèle Monika Njava, une façon de revendiquer encore et toujours son attachement à la musique du terroir issu du sud profond de Madagascar. Pourtant sa très longue carrière passée en compagnie de la fratrie Njava et ses diverses collaborations musicales qui l’ont rangée dans un tiroir « world music » ne l’a jamais trop éloignée de la musique improvisée. Il n’y a qu’à écouter « It don’t mean a thing » (Duke Ellington) pour s’en convaincre. En 2014 elle franchi le Rubicon, en s’attachant les services de Linley Marthe (Joe Zawinul Syndicate, Dave Liebman, Nguyen Le, Jean-Luc Ponty , Randy Brecker entre autres), Joël Rabesolo qui l’accompagne depuis 2012 et  Deodato Siquir (Etienne Mbappé, Vilnius Orchestra) batteur originaire du Mozambique.

Et un, et deux et trois !

Le blues est un élément constant de la programmation du NBJF. Si lors de la première édition, le Malagasy Guitar Masters (Teta, Chrysantho et pour l’occasion Joro) a fait le bonheur des puristes, en 2018 Aina Cook crée la surprise avec une set-list composée essentiellement de standards du blues et de la soul sur laquelle sa voix puissante et suave fait merveille. Son duo avec Kyle Allen (trompette), reviens cette année accompagné du guitariste Ando Cook ; les festivaliers pourront apprécier un projet de longue date qu’elle a mené avec les membres de sa famille, le très attendu « The Aina Cook Band ». Tout en menant de front une carrière d’enseignante au sein du conservatoire School of Rock de Saint-Louis, Aina Cook s’est fait un nom au sein de la communauté blues comme le prouve ses collaborations prestigieuses avec Al Holliday and The East Side Rhythm Band ou The Jane Doe Revue, sa présence sur la compilation «The Missouri Blues Society’s 18 for 18» et sa participation au Missouri Blues Fest en mars 2019.

Le réveil de l’Europe

Le groupe « United Swingtett » est un septet allemand composé de très jeunes musiciens berlinois issus de divers horizons comme le Federal Youth Orchestra, dans lequel on retrouve les meilleurs jeunes talents en devenir du jazz allemand. Ce band a déjà eu l’occasion de venir à Madagascar en 2012 à l’invitation du CGM/GZ, et enchaîner une série de tournées autour du globe (Etats-Unis, Canada, Equateur, Angleterre…). A la baguette la pianiste Anna Wolfart (qui conduit aussi son propre groupe, le Hans Anselm Big Band), une section de cuivres avec Jana Burggaller (s) et Tobias Marquard (tbe), Sara Gosten (b), Frederik Zähres (dr), que viennent compléter Johanna Gosten à la guitare et  Atrin Madani (voc). Le NBJF donnera la part belle aussi à l’Italie, et cela dans le cadre du jumelage avec le Bari n Jazz initié en 2018. Deux groupes se produiront durant la semaine de Pâques, notamment le Malagasy Connexion, groupe italo-malagasy dirigé par Gianni Lenoci (p) et Nabil Bey (g, voc) ; les deux lauréats du Nosy Be Jazz Contest 2019 viendront compléter ce projet culturel qui ne cesse de grandir au fil des ans.

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