Ma Randrianalidera (au centre), Jordan Rabemananjara (Rabe & Squad) et Marie-Laure Jaomatana ont répondu favorablement sans hésitation aucune à la proposition du comité d’organisation du Nosy Be jazz Festival

Comment trois stylistes fers de lance de la mode malagasy et parmi les plus talentueux de la nouvelle génération se sont retrouvés au cœur de la programmation d’un festival de jazz à Nosy Be ? De prime abord le lien est difficile à trouver, et pourtant Ma Randrianalidera, Jordan Rabemananjara (Rabe & Squad) et Marie-Laure Jaomatana ont répondu favorablement sans hésitation aucune à la proposition du comité d’organisation du Nosy Be jazz Festival (19 au 22 Avril 2019).

Le NBJF emboîte le pas aux différents évènements qui boostent la filière mode
Le NBJF emboîte le pas aux différents événements qui boostent la filière mode

Sous les sunlights

En 2018, deux jeunes photographes basés dans la capitale-Mat Li et Henitsoa Rafalia-prennent la route pour exposer leurs œuvres à l’Oasis, établissement situé dans le centre d’Hellville. Accompagner le jazz pour que celui-ci ne soit pas trop cérébral serait-on tenté de dire, mais aussi pour lui donner des couleurs-du « peps »- à travers des thématiques comme le « moraingy » sport traditionnel assez usité dans plusieurs régions de Madagascar et mis en valeur par « Drake » (Henitsoa)  grâce à ses clichés en noir et blanc. Pour l’édition de cette année, le NBJF emboîte le pas aux différents événements qui boostent la filière mode comme  « Madagascar Fashion Week Océan Indien » ou « Modus mode ». Si le concept n’est pas encore à proprement parler un évènement exclusivement fashion, celui-ci est appelé à grandir avec pour cette première: trois stylistes de différents horizons et une vingtaine de mannequins pour mettre en valeur les collections.

Créations « sexy » sans frôler l’extravagance ni la nudité pour Ma Randrianalidera
Créations « sexy » sans frôler l’extravagance ni la nudité pour Ma Randrianalidera

Ma exit

La carrière de Malalatiana Nirisoa Randrianalidera a.k.a « Ma » aurait pu prendre un tout autre tournant ; dès son plus jeune âge-sept ans-elle se découvre une passion pour le dessin, mais les astres en décident autrement : sa mère est couturière, elle s’incruste au sein de l’atelier familial. Très vite le talent prend le pas sur la passion, et depuis trois ans l’enfant prodigue croque ses propres robes. Un style qu’elle qualifie volontiers de simple et dépouillé avec une préférence pour les matières premières locales : du coton pour ses créations enfants, mais aussi les broderies Richelieu fait main pour ses robes longues « Maxi » qui constituent ses collections de prêt-à-porter femmes. Un qualificatif qui a disparu depuis longtemps du lexique de la mode et qui lui vaut certains reproches. Ma affirme sa différence et son combat ! Ses robes sont l’affirmation d’un féminisme assumé : « Mon inspiration trouve souvent son ancrage dans les matières que j’ai à travailler, avec toujours comme balises « la pudeur et la simplicité », des vertus qu’ont chéries jalousement nos ancêtres Malagasy. Mes créations sont « sexy » à ma manière sans frôler l’extravagance ni la nudité. Pour moi, les habits sont des outils pour rehausser l’estime de soi pour soi-même et à travers le regard d’autrui. Ils ne doivent pas être source de convoitise mais de respect ».

Le lambahoany et ses motifs bariolés rappellent le wax (Rabe & Squad)
Le lambahoany et ses motifs bariolés rappellent le wax (Rabe & Squad)

Une famille élargie

La griffe Rabe & Squad voit le jour en 2016. Une histoire de famille avec une grand-mère et la mère habiles couturières originaires de Toamasina, mais aussi des gênes qui ne sauraient mentir avec un papa et un frère danseurs. Jordan Rabemananjara sort sa première collection à vingt-et-un ans. « Velona » est révélé au grand public à Toamasina en 2017 dans le cadre luxueux du Neptune lors de l’évènement « Gasy Touch ». Gasy il l’est c’est clair, mais dans ses créations très urbaines, on sent aussi une « certaine » africanité : le lambahoany et ses motifs bariolés rappellent le wax (ou plutôt le Kenté que portent l’ethnie Akan du Ghana), les modèles et l’attitude le pays imaginaire que Ryan Coogler conte dans son dernier blockbuster, Black Panther. Sa seconde famille ce sont ses amis, au sens très élargi du terme comme Piece Jalal fidèle parmi les fidèles (son assistant), mais aussi ceux qui ont grandi avec lui, les  voisins, les potes de l’université qui s’improvisent mannequins, graphistes, photographes, directeurs artistiques … qui au final constituent un noyau dur et structuré : le « Squad ».

B2B2C

Déambuler la nuit tombée sur la rue piétonne d’Ambatolaoka-à partir de 18h30 les véhicules n’ont plus accès à la plage-ce n’est pas uniquement pour chercher un endroit où se poser pour siroter une bière sur l’une des innombrables terrasses où s’amassent touristes et résidents. Mais c’est aussi pour apprécier les nombreuses boutiques qui ont pignon sur rue : les incontournables Teeshirteries mais également des échoppes branchées. Ici du prêt-à porter de diverses origines (Dubaï, Thaïlande, Europe…) et là les broderies qui font la renommée de Nosy Be. Un matériau au cœur de la créativité de la fashion team du NBJF et qui  a motivé en partie sa venue sur l’île aux parfums. L’occasion de nouer des relations d’affaires avec les négociants nosybéens au corner fashion installé chez Coté Jardin, d’échanger des expériences avec les professionnels du secteur de la mode, d’apprécier les prestations de mannequins locaux et ceux en provenance de la capitale pendant les concerts du NBJF, un casting sauvage, une formation signée Aina Matisse actuel directeur de l’agence Bika Gasy…excusez du peu. Nous sommes bel et bien en présence d’un embryon de fashion week.

Le "Squad" en compagnie de la Queen Jaomatana
Le “Squad” en compagnie de la Queen Jaomatana

Notre MJ

« Je suis en permanence dans le partage et la transmission. Ce pays ne décollera qu’avec l’adhésion de sa jeunesse ».

D’emblée le décor est planté. Quinqua toujours dans le speed, Marie-Laure Jaomatana ne milite pas comme Greta Thunberg contre le dérèglement climatique mais pour une cause toute aussi noble : la pauvreté. Ses armes sont son art, sa capacité à mobiliser, ses convictions et cet espoir en une jeune génération talentueuse et déterminée. Loin de ses origines et des médias elle tisse son réseau dans les différents endroits où elle réside (La Réunion, la Guyane française, la banlieue parisienne), participe à de nombreuses œuvres caritatives au cours de la dernière décennie et depuis 2016 fait régulièrement la navette au pays. Un agenda chargé qui la mène à Nosy Be d’où elle est originaire (mais aussi de Toamasina et Sambava) pour le NBJF où elle dévoilera lors d’une levée de fonds son projet de monter un orphelinat à Toamasina, mais aussi deux collections en exclusivité !

#mynosybe

Une végétation abondante, des sites autant maritimes que terrestres à couper le souffle, une ville pluriculturelle où se côtoient italiens, polonais, malagasy, américains, français… de la musique tous azimuts avec des festivals qui programment du jazz, de la pop, du rock, de l’électro, du reggae, du classique, l’île regorge d’énergie et de vitalité, de créativité et d’innovation. C’est çà le Nosy Be qu’on aime !!!!

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